LE STYLISTE NIGERIEN ALPHADI : « Samba Bathily m’a chargé de confectionner 140 000 masques signés Alphadi pour 12 pays africains »

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En marge des actions de soutien de la Fondation volontaires d’Afrique de Samba Bathily à l’Etat à des associations, le styliste, créateur de mode de renommée internationale, Alphadi, partenaire de ladite Fondation, s’est confié à votre journal préféré. L’objet de sa présence au Mali, son engagement dans le domaine de l’humanitaire, ses relations avec Samba Bathily, l’avenir de la mode africaine face à la concurrence étrangère, le relèvement du secteur de la mode avec cette pandémie de Covid19… sont les sujets sur lesquels ce créateur nigérien, d’origine malienne et dont les habits sont portés depuis 40 ans par nos chefs d’Etat et les premières Dames, a donné son point de vue.

Aujourd’hui Mali : Qu’est-ce qui justifie votre présence au Mali ?

Alphadi : Je suis venu au Mali pour rencontrer le président de la Fondation volontaires d’Afrique Samba Bathily et après j’ai été bloqué par le problème de Covid19.

D’ailleurs, je suis même content de rester pour développer beaucoup de choses avec Samba dans le domaine économique, surtout du textile. A préciser surtout que je suis un partenaire de Samba Bathily dans le domaine de la Culture, de l’Art. Samba s’intéresse à la jeunesse africaine, à la jeunesse créative. Donc le travail que je suis en train de faire actuellement avec lui est gigantesque pour l’Afrique, plus particulièrement pour le Mali, pour son coton, pour sa jeunesse.

L’esprit que le président de la Fondation Volontaires d’Afrique a depuis des années, c’est de développer l’industrie textile de l’Afrique. Je suis un pionnier dans cela. Je suis un panafricain. Samba et moi souhaitons amener l’Afrique à sa dimension réelle. Je vous rappelle que le président de la Fondation Volontaires d’Afrique, avec ses entreprises, ne s’intéresse pas seulement à l’énergie, ces domaines d’intervention sont variés ; il y a la lutte contre la pauvreté, la promotion de la jeunesse africaine à travers la création de richesse pour éviter aux jeunes du contient d’aller mourir dans la mer… En clair, je partage la  vision du président de la Fondation Volontaires d’Afrique, c’est pourquoi nous cheminons ensemble.

Vous étiez aux côtés de Samba Bathily sur le terrain lors de ces actions de soutien au profit des couches défavorisées, avec sa Fondation volontaires d’Afrique. Est-ce que Alphadi intervient également dans le domaine de l’humanitaire ?

Evidemment, je suis engagé dans le domaine de l’humanitaire avec une fondation qui porte mon nom, à savoir la Fondation Alphadi. Cette fondation intervient au niveau de l’éducation, des soins. Mais je suis aussi engagé à 100% dans la Fondation de Samba Bathily car un entrepreneur comme Samba crée de l’emploi, essaye d’amener la jeunesse à sa dimension, faisant de l’Afrique un continent positif.

Je m’engage à ses côtés parce qu’il porte une attention particulière sur les plus démunis. Vous voyez, l’autre jour, il a donné des tonnes de vivres à des artisans maliens qui, faut-il le rappeler, sont durement touchés non seulement par le covid19, mais aussi par l’insécurité qui sévit dans notre sous région. Ce n’est pas tout, les mêmes dons, il en a remis à des handicapés.

Mais avant tout, je travaille avec Samba surtout dans le domaine de l’entrepreneuriat, de l’emploi pour prouver que les Africains ont aussi des marques africaines avec des partenaires financiers locaux. Nous travaillons surtout pour que l’Afrique habille l’Afrique avec la marque Alphadi. Et aujourd’hui, avec Samba, cela est une réalité.

Nous avons appris que dans le cadre de la lutte contre le Covid19, vous avez été chargé par la Fondation Volontaires d’Afrique de confectionner des masques pour ses pays d’intervention. Comment et quand ces masques seront-ils produits ?

Samba   m’a chargé de confectionner 140 000 masques pour 12 pays (en raison de 20 000 masques par pays) dont le Mali, le Niger, le Burkina Faso, la Guinée, la Côte d’Ivoire, le Burkina Faso, le Rwanda, l’Ethiopie pour ne citer que ceux-ci, qui seront signés Alphadi. Et ces masques seront produits au Mali par de jeunes couturiers maliens, avec du coton local. D’ailleurs, 300 à 400 jeunes sont déjà sur le projet.

Aujourd’hui, on n’a pas besoin de commander de simples masques jusqu’en Asie, je pense que nous, Africains, nous devons être en mesure de faire cela. Ces 300 jeunes artisans maliens que nous avons engagés pour ce projet produisent 50 000 masques par jour. En tant président de la Fédération des créateurs africains, je pense que nous avons ici des potentialités en Afrique.

Quand est-ce que ces 140 000 masques seront-ils disponibles ?

D’ici à vendredi, inchallah (ndlr : aujourd’hui), l’expédition de ces masques va commencer. D’ailleurs, moi-même, je dois partir avec les lots du Burkina, du Niger et tout le reste sera envoyé dans un bref délai dans les pays d’intervention de la Fondation Volontaires d’Afrique.

Le Covid19 a freiné l’épanouissement de nombreux secteurs dont celui de la mode, de l’artisanat, de la création en un mot. Selon vous, qu’est-ce qu’il faut faire pour relancer les activités ?

Je dirai qu’il faut prendre l’exemple sur la Côte d’Ivoire qui a remis hier 25 millions Fcfa pour les mannequins et les couturiers. Les dirigeants africains doivent comprendre que ce secteur, comme tout autre, a été durement touché par le Covid19 et mérite d’être soutenu, appuyé. C’est pourquoi, j’ai apprécié l’initiative de Samba Bathily qui a donné des tonnes de vivres à des artisans, des tailleurs maliens.

Peut-on savoir depuis quand la marque Alphadi existe-t-elle et dans combien de pays vos produits sont-ils disponibles?

La marque Alphadi existe depuis 40 ans et nos produits sont disponibles presque partout dans le monde. Nous avons des boutiques dans beaucoup de pays en Afrique d’abord et puis ailleurs comme Paris, New York…

Nous produisons aussi dans beaucoup de pays, notamment au Mali avec du bazin, au Maroc, au Niger là ou même la marque est née et a pris son envol. La marque Alphadi mène un combat panafricain à l’image du combat de Samba lui-même, pour prouver que l’Afrique est capable et que l’Afrique peut habiller l’Afrique. Nous sommes en train de préparer d’autres choses plus consistantes par rapport au textile, au café, cacao, chocolat, des chaussures qui seront signées par la marque Alphadi car quand on n’a du travail et de l’argent, on n’a plus faim. C’est pourquoi, Samba et moi nous voulons donner du travail à la jeunesse, à la population africaine. Que les Africains soient fiers de leur marque, qu’ils soient fiers du travail de leurs frères africains.

 L’Afrique a une population de 1 milliard 300 millions d’habitants, si on arrive à habiller ce beau monde en chaussures, avec des accessoires comme des parfums, ça sera une bouffée d’oxygène pour l’économie africaine. Dès fois, nous sommes incompris par les politiques dont certains pensent que nous n’avons pas d’idée en termes de proposition  économique. Que non ! Samba est un entrepreneur qui fréquente les politiques et côtoient les financiers et moi je suis un artiste qui fréquente également les politiques. Il s’agit pour nous, maintenant, de faire comprendre aux politiques qu’on peut créer suffisamment d’emplois par la mode, la bijouterie, la maroquinerie, la culture…

Est-ce que vous pouvez nous citer quelques personnalités du monde politique ou du show biz africains qui portent Alphadi ?

Je dirai que tous les chefs d’Etat, les premières dames du continent, ont  porté Alphadi, ce,  depuis 40 ans.

Dans mon métier, je ne vais pas dire un tel a porté ou un tel ne l’a pas porté, mais sachez seulement qu’ils ont tous porté cette marque, de Mohamar Kaddafi à Oumar Bongo…Je pense qu’il est grand temps que nos dirigeants, nos politiques, comprennent qu’ils doivent s’appuyer sur leurs talents. Les marchés pour les armées, les policiers, sont des gros marchés qui se font de nos jours en Chine, au détriment des créateurs africains or ceux-ci doivent rester ici pour créer la richesse sur le continent.

Vous venez d’évoquer la concurrence asiatique. Que ce soit dans le domaine de la mode ou autre chose, les produits chinois sont prisés par les populations africaines. N’est-ce pas une menace réelle pour vous ?

La première menace pour nous, ce sont surtout les friperies. C’est pourquoi nous demandons à nos politiques de freiner l’expansion de ces produits sur nos marchés. Par contre, cela pourra mettre en valeur les cotons bio de nos producteurs locaux, le talent des artisans et booster la consommation locale car il faut que les gens portent du neuf à des prix moins chers. C’est ainsi que les Chinois, les Coréens, ont procédé pour développer leurs créations et productions locales. Pourquoi pas nous ?

Votre mot de la fin ?

Je suis très content que vous vous intéressez à la culture africaine, à la mode africaine, à l’industrie africaine. L’Afrique est un continent riche avec du diamant, de l’or, du coton, du pétrole… Il est grand temps que l’Africain consomme africain, que l’Africain aime l’Afrique. Et que des financiers comme Samba montrent le chemin, investissent dans la création, dans d’autres domaines pour que la jeunesse reste sur le continent. On ne qu’être fier de cela. Et que les jeunes n’ont plus besoin d’aller mourir dans la mer pour le mirage européen.

C’est le combat que je mène avec Samba pour que l’Africain porte africain, que l’Africain mange africain  et qu’il soit fier d’être Africain… Et dans ce combat, nous portons une attention particulière à la promotion et au soutien à la femme car aider une femme, c’est aider un peuple. Donc je suis fier d’être là aux côtés de Samba Bathily  pour ces idéaux.

   Propos recueillis par Kassoum THERA

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