REBONDISSEMENT DANS L’AFFAIRE MALIJOLIDEW :Le général Ismaël Cissé (père des sœurs Cissé) rompt le silence et veut des preuves

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Après près de 60 jours de détention de ses deux filles Fati et Aminata Cissé et le refus de leur accorder la liberté provisoire dans le cadre de l’enquête judiciaire contre la page Facebook Malijolidew, le général à la retraite, Ismaël Cissé, ancien directeur général adjoint de la Sécurité d’Etat et ex-gouverneur du district de Bamako, sort de sa réserve. Face aux hommes de médias, le mercredi 6 juillet à son domicile, il a exprimé son désarroi par rapport au sort subi par ses enfants dans ce dossier et demandé au passage d’apporter les preuves des griefs formulés contre Fati et Aminata. Par ailleurs, Moussa Kondo, conseiller spécial du président de la Transition (il est l’épouse de l’une des filles du général) aussi cité dans le dossier, a claqué la porte pour sauver son honneur.

n recevant pour la première fois les journalistes dans le grand salon de sa maison à la Cité Unicef, le général Cissé, ancien ambassadeur, avait quelque peu les nerfs à fleur de peau. Et pour cause, depuis le début de cette affaire, il a voulu prendre les choses en main. « J’ai dit à tous mes proches de ne demander d’aide à personne ; de laisser la justice faire son travail et que moi-même je vais suivre tout de très près », a introduit le général Cissé. Il avait à ses côtés un de ses beaux fils, Moussa Kondo.

Pour le général Cissé, durant les 59 jours de détention de ses filles et d’une autre personne du nom de Sarah Yara, la famille a décidé de faire profil bas jusqu’à ce que l’affaire soit jugée au fond, toute chose qui a été faite récemment. Faisant la genèse du dossier, il a expliqué que sa mésaventure a commencé depuis la Brigade d’investigations judiciaires puis au Tribunal de grande instance de la Commune IV. « A la Bij, ils m’ont dit que c’est un problème de page Facebook et ils m’ont sollicité pour demander aux filles de collaborer en dénonçant le ou les cerveaux de la page Malijolidew qui insultent les autorités du Mali. J’ai répondu que les filles sont sur la page comme de nombreux Maliens, mais de là à connaitre le cerveau de la page ou le dénoncer, cet acte n’est pas dans leur culture », a introduit l’ex-chef de l’Exécutif de la capitale. Il a poursuivi que, sur plusieurs personnes interpellées dans ce dossier, seules 4 ont été mises sous mandat. Il s’agit de ses deux filles, Sarah Yara et une artiste du nom de Ramata.

« Après le mandat de dépôt, j’ai demandé ainsi au procureur de la Commune IV de les mettre sous contrôle judiciaire en me confiant les filles. Pour cela, j’allais engager ma responsabilité par écrit pour qu’à chaque fois que le procureur aura besoin de chacune d’elle, l’intéressée va se présenter car mes deux filles sont toutes des mères de famille dont l’âge des enfants varie entre 9 ans à 2 mois. Une semaine après, il m’a rappondu qu’il va les libérer, mais il a pris soin aussi de m’informer qu’il a été dessaisi du dossier au profit du Pôle spécialisé du Tribunal de la Commune VI », a révélé le général Cissé. Le conférencier de poursuivre que le procureur Touré n’a pas accordé cette liberté, mais aussi, que de nouveaux éléments sont apparus dans le dossier.

« J’ai été informé par notre avocat que le directeur général des services de renseignement s’est plaint auprès du procureur que ma deuxième fille Aminata Cissé, mariée au conseiller spécial du président de la Transition, Moussa Kondo donne des informations le concernant à son épouse pour les publier sur la page de Malijolidew. Des informations qui sont faites dans le dessein de discréditer le patron des services de renseignements pour l’éjecter de son fauteuil au profit de ma modeste personne qui  lorgnerait sa place.

Vous me voyez convoiter une place dans un service où j’ai déjà passé 14 ans de fonction et occupé jusqu’au poste de directeur général adjoint de la Sécurité d’Etat ? Je suis rentré capitaine à la SE et sorti colonel. S’il me reste une place à chercher sur cette terre, c’est celle du Paradis.

Donc je m’inscris en faux contre ces informations que je considère comme des allégations », s’est insurgé l’ex-gouverneur.

Partant de cette nouvelle donne, a poursuivi le conférencier, il est parti voir le Directeur de la Sécurité d’Etat (SE) pour voir clair.

« Face à lui, j’ai exprimé mon étonnement par rapport à ces allégations et j’ai demandé qu’on me donne la preuve de ce qu’on reproche à mes filles et ce qu’on me reproche aussi. Cependant, avant que ces preuves soient établies, j’ai plaidé la liberté provisoire pour les filles. Il m’a promis qu’ils vont trouver la solution », a révélé l’ex gouverneur.

Mais pour le conférencier, la goutte d’eau qui a fait déborder le vase pour sortir la famille de son silence, c’est lorsque les magistrats du Pôle spécialisé de la Commune VI chargés de la lutte contre le terrorisme ont accordé le vendredi dernier la liberté provisoire aux trois dames, avec l’idée de les mettre sous contrôle judiciaire.

Avec cette décision du tribunal, a ajouté le général Cissé, la famille et les proches des trois filles pensaient qu’elles ont vu le bout du tunnel. Que nenni ! Et pour cause, précisera Ismaël Cissé, lorsqu’ils sont partis à la prison pour femmes de Bollé pour les accueillir, tout allait bien. « Nous avons chargé les bagages des détenues dans le véhicule. Elles ont donné au revoir aux autres pensionnaires.

C’est au moment où elles s’apprêtaient à franchir la porte de la prison qu’un peloton de la garde nationale est venu s’interposer pour dire qu’il a reçu des instructions d’en haut qu’il y a une opposition à leur libération. Ce fut un choc car des cris de joie et des pleurs ont donné place à l’indignation ». Cette même nuit, a ajouté le général, il a cherché à comprendre davantage ce retournement de situation. « On m’a fait savoir que dans une procédure, lorsqu’on accorde la liberté provisoire, il faut attendre 3 jours s’il n’y a pas d’opposition. Et à notre grande surprise, c’est le   procureur général par intérim près la Cour d’appel de Bamako, Ladji Sara, qui a fait appel en invoquant des crimes transfrontaliers, des blanchiments d’argent. Ces gens ont quel argent pour le blanchir ? », s’interrogera le général Cissé, pointant une injustice qui ne dit pas son nom.

Pour le conférencier, il a été chiffonné par deux choses dans ce dossier. La première, c’est le fait qu’aucune preuve ne leur a été présentée pour justifier la détention de ses filles et la seconde, c’est le refus de liberté provisoire. Il a néanmoins salué la droiture des magistrats du Pôle spécialisé.

Pour Ismaël Cissé, ce ne sont pas ses filles qu’on cherche dans cette affaire, mais sa propre personne. « Je suis tranquille. En mon âme et conscience, je ne me reproche rien. S’ils veulent ma personne pour la prison, je suis là et qu’ils laissent les filles », a suggéré l’ex-gouverneur interloqué.

Moussa Kondo, époux de Aminata Cissé et conseiller spécial du président de la Transition, a profité de cette occasion pour annoncer qu’il a déposé sa démission de son poste,  pour son honneur et pour défendre son épouse. Il a rappelé que, malgré sa position auprès du Président, il n’a voulu interférer dans la bonne marche de la justice.

Pour M. Kondo, une enquête de cybercriminalité n’est pas n’importe quelle enquête pénale car, selon lui, elle est basée sur des faits matériels et non sur des rapprochements. Il a aussi exprimé son étonnement de se voir refuser un moment l’accès à la prison pour femmes de Bollé. Pour quel motif ?

En tout cas, malgré toutes ces mésaventures, la famille dit croire en la justice malienne pour l’heureux dénouement de cette affaire.

              Kassoum THERA

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