MOUMOUNI GUINDO AU LANCEMENT DE LA SEMAINE NATIONALE DE LUTTE CONTRE LA CORRUPTION : « 65 % des jeunes Maliens expriment une attitude passive face à la corruption et  21 % sont admiratifs du phénomène »

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La cérémonie d’ouverture de la Semaine nationale de lutte contre la corruption a été une tribune pour Moumouni Guindo, président de l’Oclei, d’informer que l’objectif visé est de sensibiliser le plus possible sur les conséquences néfastes de la corruption et faire connaître le rôle de la prévention dans la lutte contre le phénomène.

« Notre pays a décidé, à cette occasion, de mettre toute une semaine à profit pour mener des activités de sensibilisation, d’où la Semaine nationale de lutte contre la corruption. Pour cette édition 2023, l’Oclei est resté fidèle à la tradition. Il a prévu une série d’activités au profit, spécifiquement, des journalistes, acteurs de la société civile et structures de contrôle sur des thématiques en rapport avec le thème central.  L’Oclei organise l’édition de 2023 en partenariat avec l’ambassade du Royaume des Pays-Bas à travers le Programme de lutte contre l’enrichissement illicite (Luccei phase 2), le Luceg et le Pnud. L’organisation du présent atelier entre dans ce cadre de partenariat », a-t-il dit.

Il a ajouté que la corruption a des impacts négatifs sur tous les aspects de la société. « Elle compromet le développement social et économique et sape les institutions démocratiques et l’Etat de droit.  Elle est l’un des obstacles majeurs au développement de notre pays.  Selon une étude faite en 2016 par le projet JUPREC, il est regrettable de constater que 65 % des jeunes Maliens expriment une attitude passive face à la corruption et 21 % sont admiratifs du phénomène, soit un cumul de 86 % de nos jeunes compatriotes en besoin d’être sensibilisés sur la gravité de la corruption et l’enrichissement illicite. La Banque africaine de développement (Bad) rapporte que la corruption cause, à elle seule, une perte annuelle estimée à 148 milliards de dollars, soit 25 % du PIB de l’Afrique.  L’ONUDC ajoute que chaque année, 1000 milliards de dollars sont versés comme pots de vin ; tandis que quelque 2 600 milliards de dollars, soit plus de 5 % du PIB mondial, sont détournés », a-t-il indiqué.

Il a rappelé que l’Oclei est chargé de mettre en œuvre l’ensemble des mesures de prévention, de contrôle et de lutte envisagées au plan national, sous-régional, régional et international pour une lutte efficace et coordonnée contre l’enrichissement illicite. A ce titre, a-t-il souligné, l’Oclei assure une coopération efficace et la concertation des autorités nationales, directement ou indirectement concernées par la lutte contre l’enrichissement illicite. Il anime et coordonne, en tant que de besoin, aux niveaux national et international, les moyens d’investigations dont disposent les administrations ou services pour la recherche des infractions induisant des obligations de déclaration.  Aussi, l’Oclei propose toutes réformes nécessaires au renforcement de l’efficacité de la lutte contre l’enrichissement illicite au Mali.

Selon Moumouni Guindo, la corruption ne saurait être le problème du seul gouvernement. « Fonctionnaires à quelque niveau et qualité que vous soyez, élus, organisations de la société civile, journalistes, universitaires, chercheurs, hommes, femmes, jeunes et vieux, tous, nous sommes des ambassadeurs de la lutte contre la corruption et l’enrichissement illicite. Chacun, pris dans son domaine ou secteur d’activité, a un rôle essentiel à jouer dans la prévention, la sensibilisation et l’éducation des populations pour un changement de comportement.  La coopération et l’implication de chaque personne et Institution est nécessaire pour atteindre cet objectif d’unir le monde contre la corruption », a-t-il précisé.

D’après le président de l’Oclei, la lutte contre la corruption est irréversible. « Contre la corruption, la communauté internationale est mobilisée avec la même ardeur que contre les plus grandes pandémies comme la poliomyélite, le paludisme ou la Covid-19. Corrompus et corrupteurs doivent être conscients de l’ampleur de cette mobilisation, avec l’ONUDC au centre à l’image de l’OMS pour les pandémies de santé publique », a-t-il laissé entendre.

Il a profité de la cérémonie pour remercier et exprimer sa reconnaissance aux partenaires de l’Oclei dont les ministères en charge de la Refondation, de la Justice et le projet canadien « Lutte contre la corruption pour et par l’égalité du genre » (Luceg).

Avant de lancer les activités de la Semaine, Ibrahim Ikassa Maiga (ministre de la Refondation de l’Etat, chargé des relations avec les institutions) a fait savoir que la lutte contre la corruption est une des préoccupations majeures des plus hautes autorités du Mali. « Le président de la Transition, chef de l’Etat, Son Excellence le colonel Assimi Goïta, a clairement exprimé son engagement résolu à lutter contre la corruption sous toutes ses formes, pour une gouvernance économique et financière exemplaire et vertueuse. Dans ce sillage, le Programme d’action gouvernementale élaboré sous l’égide du Premier ministre,Choguel Maïga, prône un gouvernement de rupture, qui sera bâti sur la lutte implacable contre l’enrichissement illicite, la corruption, les détournements de biens publics et, surtout l’impunité qui est un facteur majeur ayant permis à ces vices de se propager dans notre pays », a-t-il indiqué.

 Moralisation de l’action publique

Aux dires du ministre, le processus engagé pour la refondation de l’Etat malien est irréversible. « Un des piliers de cette refondation est assurément la moralisation de l’action publique. De même, la culture d’une conscience collective et citoyenne face aux biens publics est l’une des conditions sine qua non à satisfaire pour l’émergence de notre pays qui a tant souffert des conséquences de la mauvaise gestion des ressources publiques. A cet effet, je voudrais saluer l’Oclei pour sa forte implication dans l’élaboration de la stratégie nationale de lutte contre la corruption et de son plan d’actions, mais également dans la création de l’Agence de recouvrement et de gestion des avoirs saisis ou criminels.  Ce sont là deux outils importants pour faire échec à la corruption et l’enrichissement illicite dans notre pays. Leur adoption démontre tout l’intérêt que les plus hautes autorités attachent à la lutte contre la corruption dans notre pays », a-t-il souligné.

Il a fait remarquer que la Journée internationale de lutte contre la corruption est observée chaque année, le 9 décembre, depuis l’adoption de la Convention des Nations unies contre la corruption le 31 octobre 2003. D’après lui, l’objectif de cette journée est d’attirer l’attention du public sur les problématiques de lutte contre la corruption ; sensibiliser le monde à ce problème et faire connaître le rôle de la Convention en matière de prévention et de lutte contre ce fléau. « En organisant la conférence de la Semaine, l’objectif recherché par l’Oclei est de sensibiliser sur les conséquences néfastes des pratiques corruptives sur le développement harmonieux de notre pays à l’heure où beaucoup de facteurs continuent à réduire de façon drastique les ressources dont il dispose. A cet effet, je reste convaincu que vous, les participants à la conférence, allez accorder toute votre attention à cette conférence en vue de vous approprier de cette convention et d’en faire un bréviaire dans l’exercice des missions publiques qui vous sont confiées », a-t-il espéré.                            Siaka Doumbia

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