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Un jour une histoire : IL Y A 43 ANS, La « Bande des trois » sous l’éteignoir

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Le 28 février 1978, la cohésion et la complicité au sein du Comité militaire de libération nationale (la junte qui a renversé le régime socialiste du président Modibo Kéita) volent en éclats à la suite de l’arrestation de ses hommes forts, surnommés la « Bande des trois » (Tiécoro Bagayoko, Kissima Doukara, Karim Dembélé). Cela a occasionné un véritable orage dans la capitale avec son lot d’interrogations parce que personne ne s’y attendait. La réalité était que le président Moussa Traoré venait de se débarrasser de ses camarades qui, à son analyse, entravaient sa conduite des affaires de l’Etat. Qu’est-ce qui a réellement provoqué cette rupture entre ces compagnons d’arme qu’on croyait inséparables ? Comment les arrestations ont été opérées ? Les procès ? Les propos contradictoires des bourreaux et des complices ? Quarante-trois ans après et dans le souci de nous remémorer l’Histoire du Mali, nous revenons sur ces événements qui ont constitué  un tournant décisif et déterminant pour la suite du régime de Moussa Traoré.

Le point de départ de la discorde entre les membres du CMLN, fut la réunion du 6 janvier 1978. Pourquoi et comment ? D’habitude le président Moussa Traoré discutait avec Tiécoro Bakayoko dit Django et Kissima Doukara avant chaque remaniement ministériel. Mais personne n’était au courant d’un mouvement gouvernemental ce 6 janvier. Kissima devait quitter le ministère de la Défense, de l’Intérieur et de la Sécurité pour celui des Transports et des Télécommunications, Karim Dembélé irait aux Affaires Etrangères, ainsi de suite.

Le président Moussa Traoré, juste avant la réunion s’est confié à Charles Samba Sissoko. Celui-ci rendra compte au duo de choc Tiécoro-Kissima. Le ministre de la Défense, de l’Intérieur et de la Sécurité, très furieux, décida aussitôt de retourner à Kati pour se préparer. Django, lui fera alors savoir que son absence à la réunion serait mal interprétée. Par prudence, ils demanderont au commandant de la Compagnie para, le capitaine Sounkalo Samaké (ami inséparable de Tiécoro Bagayoko) de prendre des dispositions de sécurité.

Cette intention du président Moussa Traoré a fait l’objet d’une bombe dans le cœur de la « Bande des trois » et venait confirmer le malaise qui couvait au sein de l’organe dirigeant militaire. Lors de la réunion, le président après avoir planté le décor, fit une proposition rejetée par une contre-proposition de Tiécoro Bagayoko. Les débats se sont poursuivis et à un moment donné, Kissima a attiré l’attention du président sur l’heure de la prière. Une pause est intervenue. Elle a permis aux frondeurs de se construire une majorité.

A la reprise, les débats n’ont pas permis de s’entendre et finalement un vote s’en suivra. Un exercice qui mit le président en minorité, avec comme conséquence le maintien de Kissima Doukara à son poste de ministre de la Défense, de l’Intérieur et de la Sécurité. Les rancunes ont pris forme surtout qu’à la pause Moussa Traoré a été surpris de voir un dispositif de la Compagnie para pour cerner la réunion. Pour s’assurer de la position et de la loyauté de Sounkalo Samaké, le président lui a demandé si sa présence à la réunion avec un tel dispositif était spontanée ?

Le capitaine Sounkalo Samaké répondra oui. Mais après recoupement Moussa Traoré s’est rendu compte qu’il était là sur ordre de son ami Tiécoro Bagayoko. Cette attitude du commandant de la Compagnie para confortera le président dans ses analyses, avec un détail très important : la complicité entre Tiécoro et Sounkalo par rapport à ce qu’il soupçonnait, la déstabilisation de son pouvoir.

De plus, des tracts sur le couple présidentiel avaient circulé avant la réunion du 6 janvier 1978. Le président Moussa Traoré savait que Charles Samba Sissoko était au courant des intentions de ses camarades. Il savait également que Kissima Doukara avait chargé Tiécoro d’informer Charles Samba qu’il dirigerait la junte à l’issue du coup d’Etat (le capitaine Sounkalo Samaké dans son livre « Ma vie de soldat » a confirmé cette hypothèse, mais sous une autre forme).

Mieux Moussa savait aussi que ses adversaires ont été informés par Charles de son intention lors de la réunion du 6 janvier. Ce qui a fait échouer son plan. Enfin durant tout ce temps, Charles Samba n’a pas pris son courage à deux mains pour informer le président Moussa Traoré.

A la lumière de toutes ces analyses et preuves réfutables, le président Moussa Traoré s’est fait  une idée sur la conduite à tenir pour neutraliser les frondeurs. Il s’est montré patient jusqu’à ce mardi 28 février 1978. Entre-temps, les relations entre les héros du 19 novembre 1968 s’étaient tellement détériorées que l’enfant de Séfétou dut passer à la vitesse supérieure, appuyé par un certain Youssouf Traoré.

Les arrestations

Dans cette même rubrique, le colonel Youssouf Traoré nous a dit que c’est le lundi 27 février 1978 au soir qu’ils ont eu l’information que la « Bande » de Tiécoro envisageait de renverser le pouvoir, le 3 mars. Après un entretien téléphonique avec le président Moussa, il a été décidé de tirer toutes les conséquences de cette information. Youssouf a envoyé le gardien du Comité au marché pour acheter pour 2000 francs maliens (1000 F CFA) les cordes qui allaient servir à ligoter leurs adversaires.

Le mardi 28 février 1978, Moussa Traoré appela un à un ses compagnons. Le colonel Youssouf avait préparé de jeunes militaires, ceux-ci surgissaient pour surprendre celui dont le tour était arrivé. Avant midi, les ténors avaient été arrêtés et mis aux frais. Charles Samba Sissoko qui était en mission, sera cueilli de retour à son bureau par Youssouf Traoré et de jeunes soldats. Ensuite ce fut la purge à plusieurs niveaux, notamment les commissaires de police.

Et sans surprise Kissima Doukara et ses compagnons cassés de leurs grades sont renvoyés devant la Cour spéciale de sureté de l’Etat (CSSE), pour un procès qui a duré du 18 au 21 octobre 1978  avec comme ministère public Alassane Bèye. Face à lui une pléiade d’éminents avocats menée par Me Demba Diallo.

A quoi pouvait ressembler ce procès ?

L’éminent avocat français Jacques Vergès, militant politique et écrivain franco-algérien dans son roman « De la stratégie judiciaire » a dit que les procès quels qu’ils soient au pénal peuvent être rangés en deux grandes catégories : le procès de connivence et le procès de rupture. Le procès de connivence est le procès courant où les magistrats et les avocats sont décidés à jouer le jeu, avec comme verdict une sanction légère afin de permettre à l’inculpé de se ressaisir pour retrouver sa société. Le procès de rupture est celui de la cassure irréparable, où on ne cherche pas d’arguments, mais éliminer l’adversaire, comme le procès de Louis XVI en France.

Ce procès de la « Bande des trois » appartenait à quelle catégorie ? L’introduction du réquisitoire du ministère public a suffi pour comprendre qu’il s’agissait plutôt d’un procès de cassure. Parce qu’il ressort du dossier d’enquêtes que  la bataille juridico-judiciaire avec les avocats de la défense ne serait pas facile. Et cela pour trois raisons : la gravité singulière des faits (attentat contre le gouvernement légal de la République, complicité d’attentat, non dénonciation calomnieuse, provocation d’attroupement), les fonctions particulières importantes des accusés, la dégradation de l’image d’un officier digne de ce nom.

Il est évident que si la défense estime que les faits accablent ses clients, elle peut plaider coupable et demander des circonstances atténuantes. Dans le cas contraire, elle se met dans la peau des accusés, c’est-à-dire entrer en collusion avec eux pour démonter les éventuelles élucubrations de l’accusation.

Mieux le ministère public aussi peut requérir à décharge, en concluant que ses services ont mal travaillé. A défaut de s’entendre sur l’essentiel, c’est-à-dire la manifestation de la vérité, chaque partie dans ce procès sort la grosse artillerie pour gagner cette bataille juridique.

Après trois jours de débats contradictoires, émaillés de passages à la barre des accusés, de confrontations, le ministère public Alassane Bèye prit la parole pour ses réquisitions, introduites par des observations liées à la qualité de sa voix. L’extinction de voix qui l’a frappé à vingt-quatre heures de sa prise de parole, a selon lui été mal interprétée, par la défense. Laquelle estimait qu’il n’est pas très sûr de pouvoir bien enfoncer ses clients.

Certes, il ne criera pas pour porter sa voix, mais il va la trainer jusqu’au bout. Cependant, vu l’importance, l’affluence et l’intérêt suscité par ce procès, il a souhaité qu’un tel procès ne puisse pas se tenir dans une telle salle à l’avenir. Raison pour laquelle il a exhorté les autorités à doter la justice malienne d’infrastructures dignes de ce nom.

A peine a-t-il terminé ses propos que l’un des avocats lui répliquera, en dénonçant sa position assise et l’obligera à solliciter l’autorisation de la Cour. Le ministère public qui a compris que les hostilités venaient de commencer, s’en référa au président pour qu’il soit dispensé de la station débout. Ce qui lui permettra d’avoir une différence entre la clarté de son esprit, et la faiblesse de son corps, malheureusement appréciée par la défense, dont il rappelle les propos discourtois tout en assurant qu’il tiendra bon pour asseoir son accusation.

D’emblée il a soutenu que le Mali de par son passé historique n’a pas besoin de se refermer sur lui-même, pour organiser un procès à huis clos, un jugement escamoté, des exécutions sommaires, contrairement à d’autres pays dont les pratiques dans des genres de situations sont connues. Toutes les presses ont été admises dans la salle, parce que le Mali ne veut rien cacher, malgré la gravité des faits.

L’avocat général a ensuite martelé que la loi permet aux accusés de mentir pour se défendre, mais regrettera qu’ils ont eux-mêmes compromis leur honneur, leur liberté et leur tête, à travers leurs actions subversives. De façon péremptoire, il mit en garde tout avocat du Barreau malien, qui, par son silence, sa duplicité renouvelée, se tairait ou ne viendrait pas au secours de la Cour pour faire avouer à son client que tout s’est passé conformément à la loi depuis la phase de l’instruction. C’est-à-dire qu’il n’y a pas eu de torture, ni de pression pour extorquer les aveux.

DE QUOI S’AGIT-IL ?

S’interrogera-t-il. Des infractions et d’événements prévus et punis par la loi. Alors commença pour le ministère public le fond de ses réquisitions qui consistèrent à démontrer le degré d’implication de tous les accusés. Il n’a épargné personne dans ce procès. En s’appuyant sur les procès-verbaux, l’aveu des inculpés, les recoupements faits par-ci par-là, qui collent aux faits, en analysant en amont la tension qui a régné au sein du CMLN.

Le représentant de la société a détaillé les faits. Il ressort de son réquisitoire que Kissima Doukara a contacté des officiers. D’abord Boureima Maïga à qui il rappela le nombre d’engins lourds de l’armée malienne en fonction, et lui dit qu’il envisage une action. Donc, il lui a instruit d’augmenter la quantité des BRDM confiés à un autre officier Lamine Kéita. Le fait d’avoir exécuter les ordres du ministre de la Défense est suffisant pour le ministère public pour conclure que Boureima Maïga est complice et coupable.

Quarante-huit heures après, toujours selon Alassane Bèye, Kissima Doukara a vérifié au niveau de Lamine Kéïta l’état d’exécution de ses instructions. Une fois de plus, il a dévoilé ses intentions. Ce denier au lieu de prendre son courage à deux mains pour informer le président Moussa Traoré de ce qui se tramait, a préféré envoyer des émissaires au président pour une médiation entre les protagonistes, ce qui n’a pas permis de concilier les positions tranchées des deux clans.

Pis, Lamine Kéita a rencontré le capitaine Sounkalo Samaké à l’Etat-major et apprendra par ce dernier que Kissima dit toujours d’attendre, malgré la disponibilité de sa compagnie. Face aux différents chefs d’Etat-major (Mamadou Mariko, Abdoulaye Diallo dit Dax, Alou Traoré), le ministre public a soutenu mordicus que Kissima leur a dit que le président ne l’aime plus, qu’il ne bénéficie plus de sa confiance, ajoutant que c’est fini entre eux mais que la guerre n’est pas finie. Et de marteler : « Si un jour le malheur fait que je parte de ce département, vous serez tous relevés ».

Cette déclaration était un alibi pour le ministre de la Défense pour embarquer ses acolytes. Bref, le ministère public s’est battu pour asseoir son accusation. Il a démontré comment Kissima a tissé sa toile avec les moyens de l’Etat, auprès des officiers et sous-officiers pour les préparer à son intention, c’est-à-dire la déstabilisation des institutions de la République. Raison pour laquelle, il l’a accusé d’avoir entraîné ses compagnons d’armes qui lui faisaient confiance dans cette galère de désespoir et de misère. Il le qualifiera de tonneau vide, d’officier qui cache son incompétence par l’arrogance.

L’angle d’attaque du ministère public pour asseoir ses accusations contre Tiécoro Bagayoko, (ancien directeur des services de sécurité) fut cette réunion du 22 février 1978 qui a réuni tous les commissaires de police du district de Bamako et le directeur de l’aéroport, également un policier. Selon l’accusation, cette rencontre qui a eu lieu à l’Ecole nationale de police a servi de cadre pour Tiécoro, pour informer d’une part ses lieutenants de la situation délétère qui existait désormais au sein du Comité militaire de libération nationale. D’autre part, de préparer la riposte sous la forme d’un coup d’Etat.

Sur ce point précis, le commissaire du 2e arrondissement, Yacouba Coulibaly nous a dit dans cette même rubrique qu’il n’a pas participé à cette réunion. Et le fait d’avoir été accusé par Moussa Traoré d’être le chef du peloton d’exécution est une contre vérité. Il s’est dit victime de ses relations d’amitié avec le directeur des services de sécurité.

Selon le ministère public, le tort des commissaires ne réside pas dans la participation à une telle réunion, mais leur silence coupable par rapport aux intentions de leur patron relative à la déstabilisation des institutions de la République.

De façon individuelle, Alassane Bèye a étalé le rôle de tous ceux-ci qui ont participé à la fameuse réunion du 22 février 1978.

Pourtant, l’ancien directeur des services de sécurité s’est comporté en responsable, en disculpant ses subalternes, comme pour dire qu’il est seul responsable des accusations formulées par le ministère public. Mais celui-ci n’a pas porté de gants pour étayer son accusation, et a même demandé au président de la Cour, de contraindre Tiécoro Bagayoko à présenter ses excuses pour des propos discourtois lors de son passage à la barre à l’endroit d’un ministre de la République. La réplique de l’ancien directeur des services de sécurité ne s’est pas fait attendre, face à ce qu’il considérait comme une attaque à son endroit. Il a fallu l’intervention du président de la Cour pour mettre fin à cette altercation entre Tiécoro et le ministère public.

Au bout de quatre heures d’horloge le procureur Alassane Bèye conclut que s’il pouvait exister dix peines de mort, il les aurait requises. Du coup, il requit la peine capitale contre l’ancien ministre de la Défense, Kissima Doukara. Pour les autres accusés il ne s’est pas prononcé sur leur peine. Mais demandera plutôt à la Cour de leur appliquer une sentence, à la mesure de leurs forfaits conformément à la loi.

Après ce réquisitoire de l’avocat général, la défense est montée au créneau pour les différentes plaidoiries et apportera une réplique aux accusations de son adversaire sur le prétoire. Premier intervenant, Me Demba Diallo, qui pour la première fois et en vingt-cinq ans d’expérience s’est présenté à la barre avec des notes d’audience parce qu’il mesurerait l’ampleur et toute la gravité de la situation. Autrement dit ce procès était loin d’être une affaire banale. Il soutiendra que le réquisitoire du ministère public n’entamera en rien la détermination de la défense qui ira jusqu’au bout pour tirer ses clients d’affaire.

D’entrée de jeu, il a souligné qu’il n’est un secret pour personne, que quelle que soit la gravité d’une affaire, et plus particulièrement en des circonstances qu’il vit, les rumeurs et les clameurs de la cité doivent être éteintes à l’entrée du prétoire. Pour la défense, elles se sont tues, elle les ignore et les ignorerons délibérément pour ne faire que son devoir, pas trop aisé. Il sollicita avec émotion la plus grande indulgence de la Cour.

Parce qu’il devait avec des maillons fragiles, humains défendre la dignité, l’honneur, la liberté et la vie d’êtres humains comme lui. Me Demba promit de ne pas faire quatre heures, mais se battra de son mieux pour défendre ses clients, en apportant le maximum d’eau au moulin de la Cour. Afin qu’au secret de sa délibération elle sache qu’en chaque être humain, il n’y a que du mal. Plutôt des traits de lumière et d’ombre. Et c’est en cela que se justifie la profession d’avocat, qui est parfois très ingrate.

Selon Me Demba, en tant qu’avocat il n’est pas là pour abuser des hommes qui ont les mêmes expériences et les mêmes connaissances que lui, et qui ont des cœurs d’hommes derrière les uniformes et les robes. Mais pour aider la Cour dans sa difficile mission de juger ses semblables. C’est ainsi qu’il renouvela sa confiance au juges, tout en regrettant que l’avocat général n’a pu rien démontre pour justifier ses poursuites. Il a défendu vaillamment individuellement ses clients avec des argumentations juridiques solides, et des démonstrations pour conclure que Kissima Doukara est à la barre pour sa mauvaise réputation et non pour un complot. Et cela est regrettable.

Me Demba finit sa plaidoirie par un cri de cœur, par rapport à la peine de mort requise contre son client Kissima Doukara. Il martèlera que la peine de mort est en train de disparaître dans le monde. Qu’en conséquence, le Mali un pays de vieille tradition, connu pour sa courtoisie, son hospitalité, ne devrait pas aussi tomber bas. Pour lui la peine de mort est indigne de notre pays. Sera-t-il entendu par la cour?

A sa suite d’autres avocats à l’image de Me Assane Sèye ont également joué leur partition pour convaincre les jurés à ne pas suivre l’avocat général dans sa logique de faire condamner leurs clients, dont il n’a pu démontrer au sens réel du terme leur culpabilité.

En un mot, tous se sont battus pour sauver la tête de leurs clients. Mais hélas ! Le verdict tel un couperet est tombé au bout de quatre jours de procès. Les peines sont lourdes  : peine de mort pour Kissima Doukara et Tiecoro Bagayoko, vingt ans de travaux forcés pour Karim Dembélé, le Compol Yacouba Coulibaly, quinze ans de  travaux forcés,  le capitaine SoungaloSamaké  dix ans de travaux forcés, les chefs d’Etat-major de l’armée de Terre et de la Gendarmerie écopent respectivement de cinq et dix ans d’emprisonnement, Charles Samba Sissoko prend cinq ans de travaux forcés……….

Ils comparaitront une deuxième fois devant la même CSSE, pour crimes économiques. Le jugement s’est tenu à Tombouctou les 8 et 9 mars 1979, avec une nouvelle peine de mort pour Kissima Doukara, 20 ans de travaux forcés pour Joseph Mara (il était le président de la Commission de lutte d’enrichissement illicite, mise en place pour traquer ses anciens compagnons. Malheureusement il se fera prendre banalement et les accompagnera d’ailleurs durant leur séjour à Taoudénit), 10 ans de travaux forcés pour Karim Dembélé, 5 ans pour Tiécoro Bagayoko. Tous les biens des condamnés seront confisqués.

Après ces deux procès tous les détenus à l’exception des femmes ont été transférés à Taoudénit sous une haute sécurité commandée par le lieutenant Lamine Diabira. En ces lieux régnait un homme du nom de lieutenant Almamy Niantao.

Les livres « Le Chemin de l’honneur » de Guédiouma Samaké, « Dix ans au bagne de Taoudénit » de Samba Sangaré, « Ma vie de soldat » du capitaine Sounkalo Samaké et le reportage de notre confrère de l’ORTM Sory Ibrahim Kéita sur le bagne Taoudénit suffisent pour comprendre que le Comité militaire de libération nationale avait créé ce centre de détention pour uniquement éliminer ses adversaires. Beaucoup de détenus y ont péri en effet. Ceux qui ont eu la chance de retourner, ont trainé les séquelles de cette détention  jusqu’à leur mort.

Quoi qu’il en soit, ce divorce entre les membres du Comité militaire de libération nationale fut regrettable. Aucun commentaire, aucune motivation ne pouvaient justifier cette guerre fratricide entre des gens qui sympathisaient dans le bonheur et dans le malheur. Ils sont devenus des ennemis mortels. La justice ne pourrait pas du tout les unir, mais elle a contribué à creuser le fossé entre eux. Raison pour laquelle nous avons posé dès le début la question de savoir à quoi ce procès pouvait ressembler.

Il a été celui de la cassure, comme écrit dans le livre de l’éminent avocat français feu Jacques Vergès. Même les enfants sont entrés dans la danse. Bref, c’est le désamour, la haine entre les parents des protagonistes. Au décès du président Moussa Traoré, des enfants de certaines victimes de son régime ont animé les réseaux sociaux avec des messages « On peut être le premier à aller à Ségou mais tout le monde ira à Ségou ».

Une mise en évidence du degré de haine qui frémit toujours dans les cœurs. Hélas !

O. Roger Tél (00223) 63 88 24 23

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