Ousmane Sidibé : l’impulsivité et l’autoritarisme

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L’arbitrage malien s’est distingué en Afrique et dans le monde, par des arbitres dont les prestations déterminaient leurs atouts: Modibo N’Diaye, l’impulsivité et l’autoritarisme sur le terrain,  Drissa Traoré dit Driboss, le calme olympien, Sidi Bekaye Magassa et Moussa Kanouté, la passion du métier.  Dramane Danté incarnait la tranquillité et le sang-froid. Koman Coulibaly détenait le secret de l’imperturbabilité et des décisions courageuses soutenues par la maîtrise des lois de jeu. Un de leur cadet, Ousmane Sidibé, est notre héros de la semaine, pour maintenir le flambeau de la chronique « Que sont-ils devenus ? ». Il s’apparente plus à Modibo N’Diaye, sur le plan morphologie et tempérament. Certes, les temps ne sont pas les mêmes,  sinon ils ont pratiquement les mêmes atouts. C’est à dire prendre des décisions difficiles dans des moments difficiles et sans se donner le temps de calculer les conséquences. Voilà l’une des qualités  qui ont permis à Ousmane Sidibé de s’imposer, d’asseoir son autorité sur le terrain, au point que les joueurs le qualifiaient de « fou ». Ingénieur informatique de son état, Chef du Service Informatique de la Banque Centrale du Sahel, découvrons ensemble la carrière de cet arbitre aux multiples  anecdotes. Et ce qui l’a poussé à embrasser le métier d’arbitre?

our Ousmane Sidibé, un bon arbitre incarne la personnalité, le courage, la bonne condition physique. Il doit aussi savoir appliquer les lois du jeu au bon moment, sans réfléchir au risque de subir la pression du public. La corruption dans l’arbitrage ? Il en a été question dans notre entretien. Sur ce phénomène récurrent dans le métier,  il reconnaît avoir été approché. Mais à tous les coups, c’est un rejet du revers de la main qui a bloqué toutes ces tentatives de corruption. Pour qui connait le tempérament de l’arbitre Ousmane Sidibé sur un terrain, on ne saurait douter de ces déclarations. Du  point de vue fréquence des incidents, un match de football s’identifie à un procès pénal où les protagonistes s’affrontent autour de l’essentiel : la manifestation de la vérité, donc la victoire. Mais autant l’imperium du président du tribunal s’impose à toutes les parties pour calmer les ardeurs, autant la seule personnalité de l’arbitre est sa clef pour gérer un match à haut risque.

Ce parallèle sous la forme d’un prologue s’explique par l’atterrissage d’un certain Ousmane Sidibé dans le grand vestibule de la rubrique  » Que sont-ils devenus ? « . Cet ancien arbitre international a toujours été désigné par la Femafoot pour officier les grands derbys.  Et nul n’est sans savoir qu’un match Djoliba vs Stade malien de Bamako, ou une finale de coupe du Mali (quels que soient les adversaires du jour) est naturellement source de tension.

Nous avons entamé nos propos par ce match de championnat (saison 2005-2006) entre l’AS Réal de Bamako et l’USFAS,  officié par Ousmane Sidibé. Un incident interrompt la rencontre pendant au moins dix minutes. Les militaires contestent vivement un but du Réal. Parmi les contestataires, c’est surtout Sékou Diawara qui s’est fait remarquer par ses gesticulations vis à vis de l’arbitre. Il a tellement vociféré que l’arbitre assistant Mamadou S. Haïdara (très doué dans les Arts Martiaux) quitta sa zone pour secourir son collègue. Toujours égal à lui-même, celui-ci demande à son juge de touche de regagner sa place. Dans une telle situation, que faut-il faire? L’Usfas conteste un but, un carton rouge en son encontre arrangerait-il les choses? L’arbitre Ousmane Sidibé n’a pas fait ce calcul. Quand tout est rentré dans l’ordre, il se dirige calmement vers Sékou Diawara pour lui infliger un carton rouge. Cette réaction de l’arbitre crée une douche froide, et le match reprit sans problème.

Pour commenter cette rencontre et justifier surtout son attitude, il dit qu’un arbitre adossé aux lois de jeu ne craint rien. Naturellement, je n’ai pas peur, mais ma force résidait aussi à l’application des textes, soutient-il.

Autre anecdote : en finale de la coupe du Mali jouée en 2007 à Kayes,  feu le président Amadou Toumani Touré «ATT» au moment de la présentation l’appela « monsieur Carton Rouge ». Ce jour, il était 4ème arbitre. Ousmane Sidibé ne s’est pas engagé dans l’arbitrage par amour, mais plutôt pour corriger un défaut. Sa nervosité dans la jeunesse n’avait pas de limites. Son oncle, Cheick Oumar Dia,  ancien arbitre international, (à l’époque président de la Commission Régionale des Arbitres de Bamako), prit l’initiative de l’incorporer dans l’arbitrage. Parce qu’il fera face aux énormités des supporters sans avoir la possibilité d’arrêter un match pour apporter sa réplique.  Dans le temps, il pourra s’habituer, et la maîtrise de soi-même devient l’ultime arme pour contenir ses nerfs.

Ousmane Sidibé devient arbitre stagiaire du District en 1995, en compagnie des Mamadou Haïdara, Ousmane Karembé, Drissa Kamissoko, Kankou Coulibaly, Awa Sangaré « Pecos », Abdoul Karim Diallo. Placés d’emblée sous tutelle des ainés Sidi Bekaye Magassa, Moussa Kanouté, Dramane Danté, Seydou Traoré dit le Fils, Moussa Ben Deka Diabaté, ces jeunots ont évolué ensemble pour assurer la relève.  Il est évident que les supporters ont vite retenu Ousmane Sidibé.  Parce que son tempérament qui commandait ses décisions radicales mettait à coup sûr leur équipe en difficulté.  Entre 1995 et 2005, il atteint le sommet de l’arbitrage en arpentant les escaliers. Désigné meilleur arbitre de la saison 2004-2005, l’inscription d’Ousmane Sidibé sur la liste des arbitres internationaux est devenue une logique que la Fédération respecta l’année suivante.

Son premier match à l’extérieur tombe sur un duel Guinée Équatoriale-Cameroun, pour les éliminatoires de la CAN 2008. Ce baptême de feu était-il considéré comme une mission suicidaire ? Pas du tout, dit-il. Parce que son avenir et son devenir dépendaient de l’issue de cette rencontre. Il effectue un voyage sans faute. Ce qui fut un déclic sur le plan international jusqu’à sa retraite anticipée. Au même moment, la Femafoot le désigne pour officier, le classicisme malien. Dès lors, il n’a plus quitté ce giron. Une ascension qui s’explique par la retraite des deux arbitres centraux majeurs, à savoir Sidi Bekaye Magassa et Moussa Kanouté.

Les jeunes Ousmane Karembé, Koman Coulibaly et Ousmane Sidibé prennent le flambeau de l’arbitrage malien. Ils formaient un groupe soudé et se côtoyaient pour éviter une fissure dans leurs relations. Chacun de son côté fait son chemin. Ousmane Sidibé a entretenu une carrière de douze ans, sanctionnée par le tour de l’Afrique pour les éliminatoires des CAN 2008, 2010, 2012, 2014, 2016 et 2018, deux finales de coupe du Mali (2010, 2013), il était 4ème pour celle jouée à Kayes en 2007. En 2018, il décide d’une retraite anticipée,  parce que les nombreux déplacements à l’extérieur ont influé sur sa carrière administrative. Puisqu’il avait été nommé Chef Service Informatique de la B.C.S, le temps est alors venu pour Ousmane Sidibé de consacrer la deuxième étape de sa vie à sa fonction administrative.

Depuis sa retraite jusqu’à un passé récent, il est inactif par rapport aux activités footballistiques. Il regrette n’avoir pas été désigné par la Fédération  Malienne de Football comme Inspecteur d’arbitre, malgré son statut d’instructeur national. Mais Koman Coulibaly, directeur du département de l’arbitrage malien vient juste d’organiser un stage de mise à niveau des anciens arbitres, afin qu’ils encadrent leurs cadets.

L’ancien arbitre est marié et père de six enfants.

Il retient comme bons souvenirs son premier match international en Guinée Equatoriale, la finale de la coupe du Mali du cinquantenaire qu’il a arbitrée.

Le derby Djoliba-Stade, en 2011, à l’issue duquel il a été pris en otage dans les vestiaires par les supporters du Djoliba (le trio arbitral a été conduit au GMS par les policiers pour les sauver), et l’intrusion d’un supporter marocain dans la main courante pendant qu’il officiait la  rencontre entre le Maroc et le Cameroun sont ses mauvais souvenirs.

Dans la vie, Ousmane Sidibé aime l’honnêteté, le bon comportement, le social. Il déteste le mensonge et l’hypocrisie.                                    O. Roger Tél (00223) 63 88 24 23

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