Conservation du patrimoine : Le Maroc remet au Mali des manuscrits anciens du savant Ahmed Baba

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Le Musée national a abrité la cérémonie de réception des manuscrits anciens du savant Ahmed Baba laissés à Marrakech, que le Royaume du Maroc a bien voulu rendre au Mali. C’était hier jeudi 6 octobre 2022 en présence du ministre de la Culture Andogoly Guindo et de l’ambassadeur du Royaume du Maroc au Mali, Driss Isbayene. Cette démarche volontariste mérite d’être saluée à sa juste valeur.

Cette cérémonie de réception de manuscrit était présidée par Andogoly Guindo, ministre de l’Artisanat, de la Culture, de l’Industrie hôtelière et du Tourisme qui avait à ses côtés l’ambassadeur du Royaume du Maroc au Mali, Driss Isbayene, le représentant et chef du Bureau de l’Unesco de Bamako, Edmond Moukala, les membres du cabinet et du secrétariat général du ministère de l’Artisanat, de la Culture, de l’Industrie hôtelière et du Tourisme, Baba Akhib Haïdara, ancien ministre, ancien Médiateur de la République, Dr. Mohamed Diagayeté, directeur général de l’Institut des hautes études et de recherches islamiques Ahmed Baba de Tombouctou (Ihéri-ABT), le président exécutif de l’ONG Savama-DCI.

A la cérémonie, un hommage a été rendu à un des fils du Mali, l’un des érudits les plus éclairés de son époque qui a consacré toute sa jeunesse à l’apprentissage des sciences, de la jurisprudence, de la philosophie, de la grammaire et autres disciplines et qui est devenu, dès son jeune âge, philosophe mais aussi maître-penseur, enseignant lui-même sa philosophie à un nombre considérable de disciples au Mali et au Maroc.

Aux dires de S. E. Driss Isbayene, l’ambassadeur du Royaume du Maroc au Mali,  sa sagesse, sa philosophie dont les effets et les idées font encore l’objet d’analyses et d’interprétations jusqu’à aujourd’hui ont fait de lui une institution qui a influencé les penseurs d’antan et la base de ceux d’aujourd’hui et dont la voix éloquente s’est exercée à communiquer aux intelligences qui l’entourent, la connaissance de la rhétorique, du droit, de la théologie, de l’histoire et des belles lettres qui composent ses ouvrages dont la liste est longue. “De son actif, il aurait rédigé une centaine d’ouvrages sur plusieurs thématiques touchant la vie intellectuelle et spirituelle de son temps. La majorité de ces ouvrages ont été rédigés lors de son séjour au Maroc entre 1593 et 1607. Considéré comme un savant à part entière par le peuple marocain, il impressionna, à Marrakech, par son savoir où il a enseigné jusqu’à son retour à Tombouctou en 1607.

Cette ville dont l’érudit, Ahmed Baba est originaire, Tombouctou-, reste chère aux cœurs du peuple marocain. Car, c’est la ville la plus connue et la plus idyllique des relations entre nos deux pays. Déjà, de grands voyageurs marocains l’avaient visitée, tombant sous son charme, comme Ibn Batouta, entre 1352-1353 ou Hassan Al Wazan, plus connu sous le nom de Léon l’Africain, qui a accompagné son oncle en mission diplomatique auprès du souverain du Songhaï, l’Askia Mohamed Touré, pour le compte du Sultan du Maroc au 16ème Siècle. On notera, déjà durant ces époques des échanges d’émissaires entre nos deux pays, notamment, l’envoi de l’architecte Andalou Es-Sahéli par Mansa  Moussa, l’empereur du Mali, en qualité d’émissaire auprès du sultan du Maroc à Fez en 1337, suite à la victoire de Tlemcen”, a expliqué le diplomate marocain.

A l’entendre, c’est dire que cette cérémonie solennelle n’est pas figée dans le temps mais se moule dans la continuité de cette relation séculaire, et que ce monument intellectuel qu’était Ahmed Baba, est la personnification de cette symbolique : un trait d’union d’universalité et de pensée reliant les deux peuples et nations.

“Aujourd’hui, entre le Maroc et le Mali, il y a une relation historique profonde étalée sur des siècles qu’on ne retrouve avec aucun autre peuple de notre continent, dont la dimension humaine et religieuse est très forte. Et les visites effectuées par Sa Majesté le  Roi Mohammed VI au Mali en 2013 et 2014 ont donné un contenu plus fort, plus substantiel à cette relation bilatérale, déjà exemplaire.  De ces deux déplacements Royaux au Mali, dix-sept accords avaient été signés, s’ajoutant à une trentaine d’autres touchant à tous les domaines d’intérêt commun pour nos deux peuples. Ce qui constitue un socle solide de coopération dans tous les domaines et  une volonté manifeste de renforcer les relations entre nos deux  pays”, a rappelé Driss Isbayene.

A l’en croire, par une coopération dans le domaine de l’éducation et la formation plus accrue, le Mali est devenu le second bénéficiaire des bourses de formation marocaines ; et par une présence massive de leurs investisseurs et promoteurs économiques ici, le Mali est devenu la troisième destination des investissements du Maroc en Afrique. Les axes routiers qui lient le Maroc au Mali à travers la Mauritanie permettent l’approvisionnement quotidien des marchés maliens en produits marocains, donnant un sens à cette coopération qui n’est pas seulement diplomatique ou à des enjeux régionaux, mais une relation à forte dimension humaine. “Aujourd’hui encore, le Mali a été le premier pays qui a signé un accord avec le Maroc pour la formation de 500 imams, Morchidines et Morchidates maliens, sachant tous le rôle primordial et fondamental des imams dans la promotion des valeurs de modération et de tolérance, dans un pays en proie à l’extrémisme religieux et son corollaire le terrorisme.  Le succès de cette première expérience a été tel qu’encore une fois, le Mali est le premier bénéficiaire d’un renouvellement de cet accord de formation de 300 imams, Morchidines et Morchidates, qui vient d’être signé à Rabat, le 22 septembre dernier. C’est dire que par tous les temps, le Maroc se tient aux côtés du peuple malien, disposé, par une forte volonté solidaire, à  accompagner ce pays frère, dans cette phase de transition, pour faire face aux défis qu’il affronte, tout en respectant son intégrité territoriale et sa souveraineté nationale”, a-t-il martelé.

Pour sa part, Andogoly Guindo, ministre de l’Artisanat, de la Culture, de l’Industrie hôtelière et du Tourisme, soulignera que cette cérémonie marque le retour pas seulement des copies des manuscrits du savant émérite Ahmed Baba laissés à Marrakech, mais aussi d’un patrimoine d’une valeur inestimable pour le Mali mais pour les communautés détentrices de ce patrimoine documentaire.  De ce fait, il a remercié Sa Majesté le Roi du Maroc et le peuple marocain pour ce geste symbolique avec toute sa charge d’émotions et de joie.  “S’il est inédit par son ampleur, le retour des manuscrits anciens de Ahmed Baba laissés à Marrakech, s’inscrit dans le cadre de la mise en œuvre de la Convention de 1970, interdisant l’importation, l’exportation et le transfert de propriété illicites des biens culturels, ratifiée par nos deux pays. Tous les peuples du monde entretiennent un lien affectif puissant avec leur patrimoine culturel transmis de génération en génération et conservé minutieusement selon des modalités spécifiques. Le prestige de nos empires médiévaux en général et des villes comme Tombouctou pour ne citer que cet exemple, a été sous le double angle économique et intellectuel. A la faveur du commerce transsaharien, la ville a été très tôt en contact avec l’islam. Elle est et demeure aujourd’hui un centre islamique l’un des plus importants du Mali. De nombreux érudits, jurisconsultes, écrivains et étudiants y ont vécu ou étudiés. Les nombreux lettrés ayant vécu dans la ville,  ont produit une énorme quantité de manuscrits embrassant tous les domaines du savoir”, a fait savoir le ministre Guindo.

Dr. Mohamed Diagayeté, a rappelé les ambitions de l’Ihéri-ABT. “Nous dévons faire une sorte d’encyclopédie de toute l’œuvre d’Ahmed Baba. Un tel projet sera salutaire pour le monde entier. Ce n’est pas facile de faire la lecture sur microfilm, il faut qu’on fasse vite pour retirer les copies de ces documents avant qu’ils ne disparaissent parce que nous avons eu l’expérience à Tombouctou lorsque nous avons commencé à numériser, on copiait dans les disques durs externes. A Tombouctou, il n’y a que les ennemis de la technologie, à savoir la chaleur et la poussière. Il faut qu’on fasse vite pour imprimer le contenu de ce microfilm pour l’intérêt de l’humanité”.                                                             Marie Dembélé

Ahmed Baba: L’homme de Tombouctou et du Maroc

hmed Baba naît le 26 octobre 1556 et meurt à Tombouctou le 22 avril 1627 â l’âge de 71 ans. Sa pensée revêt une envergure telle que, pour les spécialistes, elle résume le génie intellectuel des Grands empires sahéliens médiévaux. Ahmed Baba est l’un des monuments intellectuels de cette époque. “Au Soudan, et à Tombouctou en particulier, toute la littérature arabe est incarnée en quelque sorte dans ce célèbre personnage”.

La formation d’Ahmed Baba est longue et étendue. Il a en effet étudié jusqu’à l’âge de 30 ans environ et fut présenté comme l’homme le plus instruit de Tombouctou au moment de l’expédition marocaine en 1591. Il étudia des matières telles : la philosophie, la logique, l’exégèse, le droit, la grammaire, la théologie, la rhétorique, l’histoire, la littérature, etc.  Ahmed Baba de Tombouctou, a dans son livre intitulé “reflet du miroir sur les mérites du savoir”, déclaré: “le savoir le plus utile est ce savoir qui profite à l’humanité”. Cette déclaration d’Ahmed Baba est évocatrice, quand on sait qu’il a consacré toute sa vie à l’œuvre humaine, le partage de ses savoirs à travers la rédaction de plus de cinquante ouvrages, dont la plupart reste encore dans leur état de manuscrit depuis plus de quatre cents ans (400 ans) maintenant. Il avait une bibliothèque particulièrement riche comptant sans doute plus de 1.500 ouvrages selon les témoignages de l’époque. Il rédigea lui-même un total de 56 livres connus, dont la moitié fut composée lors de son exil marocain entre 1593 et 1607. Ahmed Baba enseigna toute sa vie et laissa de nombreux disciples aussi bien au “Soudan” qu’au Maghreb. Parallèlement, il exerça des fonctions religieuses, judiciaires et civiles de théoricien et interprète du droit canonique musulman. Ahmed Baba nous fournit l’exemple type de l’intellectuel dont la pratique politique rejoint la théorie philosophique. L’acte majeur de sa vie concerne l’engagement patriotique dont il a fait preuve lors de l’invasion de son pays. Et le maître-mot de sa philosophie est certainement : justice.                                                                                   M. D.

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