DJENEBA KEÏTA, ADJOINTE AU MAIRE DE MONTREUIL ET CONSEILLÈRE METROPOLITAINE, EN EXCLUSIVITE : « La démission réclamée d’IBK est antidémocratique « 

Fraîchement réélue adjointe au maire de Montreuil, la Française d’origine malienne, Djénéba Kéïta, a bien voulu nous accorder une interview exclusive dans laquelle elle s’exprime sur divers sujets, en particulier la crise socio-politique du Mali.

Aujourd’hui-Mali : Pouvez-vous parler un peu de votre parcours à nos lecteurs ?

Djénéba Kéïta : Merci de m’avoir offert cette opportunité pour m’exprimer dans vos colonnes. En fait, j’ai été suppléante du député de la 7e circonscription de la Seine-Saint-Denis en 2007 avant d’être conseillère régionale d’Ile-de-France en 2010 puis maire adjointe de la ville de Montreuil en 2014 et vice-présidente communauté d’agglomération Est Ensemble.

En 2020, j’ai été réélue maire adjointe de la ville de Montreuil. J’ai été aussi élue à Est Ensemble et à la Métropole du Grand Paris.

Vous avez été réélue conseillère à la mairie de Montreuil. Pour vous, qu’est-ce qui explique ce succès électoral ?

Ma réélection dès le 1er tour sur la liste Montreuil est une chance conduite par le maire Patrice Bessac. Elle tient au fait de notre ancrage territorial, de notre bilan et surtout de notre volonté de rassemblement autour d’un projet pour Montreuil.

Nous avons été élus dès le 1er tour avec 51,34 % et 46 sièges sur 55 attribués.

En tant qu’élue française d’origine malienne, quel regard portez-vous sur l’actualité socio-politique au Mali ?

Le regard que je porte sur l’actualité socio-politique au Mali est que la démocratie a été acquise par la lutte au Mali. Le peuple malien doit respecter et défendre farouchement les fondamentaux de leur démocratie. En tant que républicaine, je suis opposée à  tout coup d’État ou action visant à imposer un changement anticonstitutionnel. Le Président Ibrahim Boubacar Kéita a été démocratiquement élu. Face à la situation internationale dominée par la crise de la covid19 et sa conséquence économique, il est important que tous les Maliens s’unissent pour un projet commun de développement durable, social et solidaire. Le renouvellement du mandat de la Minusma nous oblige à un devoir d’exemplarité pour relever le défi sécuritaire et de développement économique.

Quel est votre point de vue sur sa démission réclamée par les marcheurs ?

La démission du président Ibrahim Boubacar Kéita réclamée par les marcheurs est antidémocratique. Notre constitution dispose, dans son article 26, que la démission du président de la République est entièrement volontaire. Le peuple a certes le droit de manifester et de s’exprimer, mais exiger la démission du président de la République est antidémocratique et anticonstitutionnelle.

Est-ce que la démission du président de la République est négociable ?

On ne peut pas parler de négociation avec une demande anticonstitutionnelle.

Pensez-vous que le Mali a besoin aujourd’hui d’une telle crise ?

Le Mali traverse une crise multidimensionnelle avec la présence du terrorisme, le peuple malien ne peut s’aventurer dans des actions de déstabilisation qui permettraient aux ennemis du Mali de le poignarder dans le dos. Les Maliens ne doivent pas se tromper d’ennemis.

Avez-vous une proposition pour une sortie de crise ?

Le peuple malien doit comprendre que ce n’est pas un match, c’est l’avenir du Grand Mali qui est en jeu, je pense que seul le dialogue peut résoudre cette crise, le président Ibrahim Boubacar Kéïta a toujours dit que sa main était et restait tendue. La proposition du Président Ibrahim Boubacar Kéïta d’un gouvernement d’union nationale est une très bonne chose, j’ajouterais et de mission pour la sauvegarde de la nation malienne. Une éducation populaire est nécessaire pour rappeler les valeurs fondamentales du Mali, l’histoire de ce grand peuple.

Nous savons qu’il y a un regroupement des élus français d’origine malienne, quel peut être l’apport de cette association pour la sortie de crise ?

L’apport des élus français d’origine malienne doit être à mon avis l’échange d’expérience et le plaidoyer pour nos deux pays.

Mme le maire, on sait que vous êtes très engagée au Mali à travers des actions de soutien aux épouses des militaires. Est-ce que vous pouvez nous faire la genèse de cet engagement ?

Plus de 37 associations de femmes de militaire ont voulu se rassembler en une fédération pour être mieux entendues, en finir avec la division afin de mieux défendre les FAMa au front et les familles de militaires. Elles m’ont demandée d’être leur marraine, ce qui fut un honneur pour moi.

Même si le président Ibrahim Boubacar Kéita a fait beaucoup pour les militaires et leurs familles avec la Loi d’orientation et de programmation militaire, mon rôle est de les accompagner dans toutes leurs actions pour leur épanouissement et leur bien-être car ce sont des femmes de nos héros. On leur doit notre liberté.

Au-delà de ces épouses de militaires avez-vous d’autres initiatives pour le Mali ?

Mes initiatives au Mali sont tournées vers le développement durable, l’économie circulaire, la valorisation des déchets.

Après la mort de Georges Floyd aux USA, la question de la discrimination raciale refait surface. Selon vous, quel regard les populations françaises portent-elles sur les élus noirs ?

La discrimination raciale n’est pas nouvelle. La mort de Floyd et la pandémie ont juste montré au monde son ampleur qui est diffèrent selon les pays.

En France, la race n’existe pas dans la Constitution, mais avec mon expérience dans la politique et la vie professionnelle française, j’ai toujours dû en faire plus et me battre constamment pour arriver là où je suis en tant que femme et Noire. J’ai toujours éduqué mes enfants à être fiers de la couleur de leur peau, leur origine et toujours donner le meilleur d’eux-mêmes.

Actualité oblige ! Comment avez-vous vécu le confinement dû à la pandémie du coronavirus en France ?

La solidarité des Montreuillois et la mobilisation des agents et des élus de la ville ont permis de répondre présents auprès de de nos concitoyens touchés par cette pandémie du coronavirus ou Covid-19, sans précédent, et de la crise sociale due au confinement et donc à l’arrêt de l’économie.

Votre mot de la fin ?

Mon mot de la fin est la paix, la sécurité et le développement économique, social et solidaire.

Le président de la République a fait beaucoup pour améliorer les acquis sociaux : l’augmentation des salaires, l’augmentation des allocations familiales pour les familles avec un enfant handicapé, l’augmentation du Smic, beaucoup de programmes de mobilité, d’accès à la formation professionnelle, la création de plus de 199 344 emplois…

Je suis consciente que beaucoup reste à faire, les Maliens doivent se donner la main, chacun à son niveau, pour en finir avec le terrorisme et rebâtir le Mali du 21e siècle axé sur le développement durable. Donc vraiment le mot de la fin est : Développement, Paix, Unité, Défense de la nation malienne.

     Réalisé par El A.B. HAIDARA

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