Poème de Fatoumata KEITA : ‘’Tes mots’’

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Tes mots

Tes mots me rappellent le bon vieux temps
Ce bon temps où l’on se contentait de peu !
Où l’on ne posait pas de questions
Où l’on obéissait aux parents
À leurs mots et à leurs regards
À leur clin d’œil et à leur tapotement
De façon limpide comme l’eau de roche,

Des fois avec la bouche dans un masque
On pouvait en prendre une baffe
comme une vilaine bourrasque,
Sans s’en plaindre ni même se rebeller
Il fallait écouter les aînésBon gré mal gré
Ceux et celles qui ont une longueur d’onde
Qui connaissent vraiment le monde
Ses coins et ses recoins
Qui ont marché de longs chemins
Et qui peuvent montrer celui qui est droit

Il fallait les écouter

Les écouter sans broncher
Voilà pourquoi,
je reste coi
Pour vous écouter et vous entendre
Pour comprendre sans me méprendre
C’est pour aller à votre école
Et apprendre des cendres laissées par le feu
Les signes de la vie et ceux de la mort
On peut apprendre dans la douleur

Même s’il est mieux d’apprendre sans avoir peur

Du fouet du maitre, de sa claque en plein visage
Mais on n’apprend pas sans écouter
On n’apprend pas sans se concentrer

On n’apprend pas sans chercher
On n’apprend pas sans méditer
On n’apprend pas sans s’éveiller

Aux battements de cœur de l’univers
Au flux du monde et à la voix des aînés
On apprend sous l’effet du feu
Mieux sous la douceur de l’eau
C’est pourquoi j’écoute et j’attends
J’entends et j’apprends
J’apprends et j’essaie de comprendre
Sans jamais me méprendre

J’essaie de comprendre comment on se construit

De comprendre la source de nos conflits
C’est pourquoi j’écoute, me centre et me concentre

Sur vos mots et sur vos silences
Je m’éveille ainsi au monde
Et médite sur vos songes
Je hoche la tête et je réfléchis
Je médite quand j’entends que les temps ont changé …
Pourtant le soleil se lève toujours à l’Est
Je médite quand j’entends que les fondations s’affaiblissent
Pourtant, le gardien du temple dort sur ses lauriers
Je médite quand j’entends que les femmes sont des piliers
Pourtant tout pouvoir s’affaiblit sans éducation
Alors, je me dis: « combien de temps déjà ?
Combien de temps de silence?

D’indifférence, de négligence ?
Combien de temps d’abandon de l’éducation ?
Depuis quand le temple du savoir est-il fermé déjà ?
Depuis quand les grèves et les trêves et les tralalas ?
Depuis quand déjà l’on piétine le savoir et le devoir
Hissant très haut le drapeau de la médiocrité ?
Depuis quand ceux qui doivent bâtir l’école du savoir
Envoient-ils leurs enfants chez Franc et les francs-maçons,

Apprendre chez eux les choses de blanc au prix de notre sang ?

Et on s’étonne que les fondations noires s’amollissent

Qu’a-t-on fait pour qu’il se raffermissent ?

Et Depuis combien de temps déjà l’école est- elle fermée

Boycottée, sabotée, fatiguée et mal dotée ?
Les plus grands démons se cachent derrière des visages d’anges
Depuis combien de temps nous manque-t-on du respect ?
Et nous nous taisons et nous fermons les yeux

Pour ne pas voir notre honte, notre veulerie dans le miroir ?
Pour ne pas voir les élites fuir leurs responsabilités
Et les pères s’échapper du trône de leur autorité
Pour ne pas voir les mères s’empêtrer dans la marre

De leurs contradictions multiples
Et aujourd’hui on se la joue proprement
Et aujourd’hui on joue à l’étonnement
De voir le Mali aller à vau-l’eau

Sous l’égide des anciens pagailleurs de l’AEEM
Foutaise ! Mon œil quelle foutaise !
Et nous la paierons cash
Nous paierons le prix de notre silence
Le prix du flot d’indifférence
Nous le paierons en espèceLe prix de notre lâcheté
Je médite quand j’entends vos mots
Vos mots qui me rappellent nos maux
Je médite et je me dis
Qu’il faudra commencer par le commencement
Pour redresser le Mali et ses fondements
Pour faire le plein d’essence
L’essence de la vie elle-même
Qui donne vie à l’esprit

Et fait place à l’intelligence
Avoir enfin une place
Sur les places publiques
Pour enseigner à nos filles et à nos garçons
Ce que l’école n’a pas su leur donner
Enseigner
Ce que c’est que c’est qu’être femme
Ce que c’est qu’être homme
Enseigner
Ce que c’est que la dignité
L’honneur et l’Amour de la patrie
Ce que c’est que la noblesse
Le respect et le don de soi
Enseigner
Le sens de l’effort, la valeur du travail, l’esprit de sacrifice.
Comment voulons- nous qu’ils le sachent

Sans avoir à leur parler ?
Comment voulons-nous qu’ils le sachent

Si les médiocres sont au sommet, en train de briller

En bafouant et en bégayant ?
Le savoir se cherche
Et le savoir se donne
Et on ne peut rien donner si l’on manque de temps et de volonté
On ne peut rien donner dans le désordre ni dans l’indiscipline

Comment avoir le savoir si ton maître est en boule ?

Est-ce inutile de le supplier IBK ?

De le motiver et d’avoir son humeur ?

Pour nos enfants laissés à eux-mêmes
Alors, il faudra pouvoir tenir tête
À toutes ces femmes qui ont abusé
À tous ces hommes qui ont démissionné
À ce pouvoir arrogant et écervelé
Et dire qu’ils ont merdé
Et qu’il faudra donner à l’humain
Son essence première
Qui fait de lui un humain
Et qui remplit le cœur de son humanité :
Une éducation et des valeurs

Une école où apprendre
C’est là le départ
C’est là la finalité
Amazones du jour et de la nuit
Des temps de lumière et de ténèbres
Combattantes et combattants
Levons-nous pour nos enfants

Levons-nous pour ceindre les reins
Avec mille attaches en argent
Et dire à ce Pouvoir foutoir
Qu’il n’y a pas de pouvoir sans savoir
Et que le droit au savoir est à prévaloir
Levons-nous face à Boubou Cissé
Et face au Bourgeois somnolant
Levons-nous et imposons
Qu’on donne la torche du savoir à nos enfants

Afin qu’ils ne se noient pas un jour dans les ténèbres
Sur les chemins sombres de la vie.
Comment accuser les jeunes
Avant de les avoir éduqués ?
On éduque dans le temps et dans la patience
Dans l’amour et dans la constance
Avec les sens et avec le cœur
Or les cœurs depuis longtemps sont fermés à double tour
Et leurs clés jetées sous les eaux du Djoliba

Comme les écoles depuis bien longtemps déjà
Pourtant tout le monde est là, et bien assis
Assis dans son nid, et bien silencieux
Comme une carpe, et fort dédaigneux
Assistant à ce silence de mort
Qui scie les vies des enfants
Et tue l’ingéniosité de leur talent
Chacun sait là où tout a foiré
Chacun sait que c’est par-là que tout doit recommencer
Si on a un peu de volonté pour changer
Il faut trouver les moyens d’éduquer nos enfants

Et que la femme
L’homme
Le citoyen
La citoyenne
Pousse ces dirigeants

Ces vieilles charrettes qu‘il faudra pousser

Pour qu’ils bougent pour qu’ils se hâtent

Et que soit enfin effective notre volonté

De faire le Mali de nos rêves
Où le savant sera Roi

(Dédié à KEITA Fatoumata KEITA, précédemment directrice au ministère de la promotion de la femme, de la famille et de l’enfant)
Fatoumata KEITA
Le 25/5/2020

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