5EME EDITION DU FESTIVAL CULTUREL OGOBAGNA : La présence d’ATT donne un éclat particulier à ce grand rendez-vous

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La Place du Cinquantenaire a vibré du 27 janvier au 2 février au rythme de la 5ème édition du Festival culturel Ogobagna dont le thème portait sur « les valeurs sociales, culturelles et économiques de la cotonnade au pays Dogon ». Cette édition a été rehaussée par la présence de l’ancien Président de la République, Amadou Toumani Touré, qui a tenu à y rendre un vibrant hommage à son ami et frère feu Jacques Chirac, ancien président de la République de France, décédé le 26 septembre 2019. 

La 5ème édition du Festival culturel Ogobagna a tenu toutes ces promesses au regard de l’engouement suscité auprès de la population. Ce grand rendez-vous s’est tenu du 27 janvier au 2 février sur les berges du Fleuve Niger à la Place du Cinquantenaire sous le thème : « Les valeurs sociales, culturelles et économiques de la cotonnade au pays Dogon ».

Le coup d’envoi de cette édition a été donné par la ministre de la Culture, Mme N’Diaye Ramatoulaye Diallo, en présence du président de l’Association pour la promotion et la protection de la culture Dogon  « Ginna Dogon » Mamadou Togo. On notait aussi la présence de plusieurs invités de marque dont des membres du gouvernement.

« La tenue de cet événement culturel représente pour nous le symbole du respect d’un engagement pris le 27 janvier 2019 à l’occasion de la clôture de la 4ème édition, lorsque nous annoncions l’organisation de la 5ème édition dans l’objectif de poursuivre la recherche de la paix, rien que la paix à travers la dynamique de nos ressorts culturels.

Huit ans d’épreuves contre tout ce que le Mali avait de meilleur, son unité, sa cohésion et son riche patrimoine culturel, huit ans d’agressions armées et de tragédies les unes les plus sanglantes que les autres, huit ans d’incompréhensions et de questionnements », dira le président de l’Association culturelle « Dinna Dogon ». Avant de préciser que « le festival culturel Ogobagna s’inscrit dans la droite ligne des efforts déployés par l’ensemble des forces vives du Mali pour bouter hors de nos frontières les drames insoutenables des fosses communes, de spectacle d’horreurs, de violences, de déchirures intra et intercommunautaires, de déserts sécuritaires, scolaire et médical…nous sommes tombés bas, très bas sans le vouloir, nous sommes dans une guerre que la majorité de nos concitoyens rejette de toutes ses forces ».

L’un des temps forts de l’édition 2020 du festival culturel Ogobagna a été la présence effective de l’ancien président de la République, Amadou Toumani Touré, le samedi 1er février, en présence de plusieurs personnalités dont l’Ambassadeur de la France au Mali. C’était donc la deuxième sortie publique d’ATT depuis son retour au bercail, après la cérémonie de clôture du Dialogue national inclusif (Dni) en décembre dernier.

En sa qualité d’invité d’honneur, le Président ATT a voulu rendre hommage à son ami, feu Jacques Chirac, ancien président de la République Française.

On se rappelle que Jacques Chirac avait été intronisé Hogon de Ireli au Pays Dogon lors de sa visite au Mali en 2003.

« Parler de Jacques Chirac, c’est prendre le risque d’en dire trop ou pas assez, au regard des relations d’une exceptionnelle qualité que j’ai entretenues avec l’ancien président de la République Française.

Oui, l’homme qui nous a quittés le 26 septembre 2019, était un ami personnel, un ami du Mali et de l’Afrique. Il savait donner avec générosité, mais aussi recevoir avec respect et considération.

Merci à mes frères et sœurs de l’Association « Ginna Dogon » d’ouvrir cette fenêtre d’hommage à Jacques qui a emporté avec lui une part du Pays  Dogon. Ce Passionné des grandes et vieilles civilisations avait été fasciné par ses lectures sur les cultures du Plateau Dogon ; au contact des hommes, il a été définitivement conquis par des populations qui lui ont montré lors de sa visite qu’elles savaient accueillir et témoigner ainsi leur estime à celui qui les portait si haut dans son cœur !

Le Président Chirac a accueilli son intronisation en qualité de Hogon d’Ireli comme un moment d’accomplissement qu’il n’a cessé de partager avec ses visiteurs pendant et après l’exercice du pouvoir.

Le titre de Hogon était tout sauf du folklore ou du pittoresque à ses yeux ! Il savait qu’un tel honneur et une dignité aussi élevée se méritaient et se célébraient.

Le fait a été si marquant dans sa vie qu’il assigna au Musée du Quai Branly, qui porte désormais son nom, de préparer « l’Exposition sur l’Univers Dogon », la plus grande jamais réalisée par un Musée sur l’histoire de l’Art et de la Culture Dogon, depuis le 10ème siècle.

J’ai rappelé à cette occasion, en juin 2011, sa vision du dialogue des cultures lors de l’inauguration du Musée du Quai Branly en juin 2006 : « le Musée du Quai Branly proclame qu’aucun Peuple, aucune Nation, aucune Civilisation n’épuise ni ne résume le Génie humain.

Chaque culture l’enrichit de sa part de beauté et de vérité et c’est seulement dans leurs expressions toujours renouvelées que s’entrevoit l’universel qui nous rassemble » !

Des propos qui sont la trame de la pensée de deux illustres africains, j’ai nommé le président-poète-académicien, Léopold Sédar Senghor du Sénégal et surtout l’Enfant de Bandiagara, Amadou Hampathé Ba qui proclamait la complémentarité des civilisations en ces termes :

« La beauté du tapis réside dans la diversité de ses couleurs. S’il n’y a que du blanc, c’est un drap blanc ; s’il n’y a que du noir, c’est un pagne de deuil. C’est l’Univers tout entier qui est notre Patrie. Chacun de Nous est une page du grand Livre de la Nature. Dans la vaste

Communauté humaine lancée à la recherche d’un nouvel équilibre, chaque Peuple doit apporter la Note de son génie propre afin que tout l’ensemble en soit enrichi ; chacun doit s’ouvrir aux autres tout en restant lui-même ».

De tous les témoignages sur le lien indissoluble entre le Président Chirac et notre continent, celui de son biographe officiel, Jean-Luc Barré, fait autorité. Dans un livre paru, en octobre 2019, quelques jours après la disparition de Jacques, il écrivait ceci :  « Chirac aime l’Afrique.

Il la connaît, la comprend, la respecte avec ce mélange de familiarité et de vénération qu’il voue de longue date aux plus vieilles communautés humaines. Lorsqu’il se rend en Afrique, c’est en somme son propre univers qu’il arpente, aussi à l’aise au cœur du Pays Dogon que sur ses terres de Corrèze, et plus admiratif des trésors ignorés du Musée de Bamako que des plus glorieux chefs d’œuvre de l’art occidental. Je suis très attaché à l’Afrique, disait-il, parce qu’il s’agit d’un continent essentiel : l’homme y est né ! » a rappelé Amadou Toumani Touré.

Puis il précise : « C’est cet homme d’Etat et de grande culture qui m’a reçu en visite officielle en France en septembre 2002, trois mois seulement après mon investiture, avant son voyage mémorable en octobre 2003, à Tombouctou, Bamako, Sangha et Ireli, qui sera suivi d’autres. Une amitié était née et elle s’est poursuivie au-delà des vicissitudes du pouvoir. De nombreux amis, qui avaient suivi à la télé la cérémonie des obsèques de Jacques, m’ont dit avoir été marqués par la tristesse qu’ils lisaient sur mon visage. Oui, ce n’était pas un masque, mais une peine réelle pour le départ d’un homme qui m’a couvert de sa généreuse affection et de son indéfectible amitié !

Au moment où nous lui rendons cet hommage, j’ai une pensée profonde pour sa famille, pour Bernadette et Claude Chirac ainsi que pour toutes les personnes qui, au Musée du Quai Branly ou au Musée Chirac de Saran, son village natal, font vivre la mémoire de l’Homme d’Etat.

Je ne vais pas conclure ce témoignage sur une note de tristesse car Jacques portait en lui une joie et une chaleur humaine que je m’empresse de résumer en deux à trois moments partagés avec lui : Le premier moment, c’est lorsque je suis venu une fois l’accueillir à l’aéroport de Bamako-Sénou : à sa sortie d’avion, je vois une grande silhouette qui, tout sourire, déploie au plus large possible ses bras avant d’emprunter la passerelle. Un ami me posa la question plus tard de savoir : à qui Chirac faisait cette grande accolade ? A moi ? à la foule venue l’accueillir ? Je lui ai répondu que le connaissant, il embrassait ceux qui étaient venus l’accueillir, mais aussi le Mali tout entier. Chez lui, l’amitié était aussi dans le geste !

Un autre voyage, un autre moment, mais scène presque identique à un détail près : j’étais habillé en costume! Le Président Chirac me demande : Amadou, et ton beau boubou ? Je lui ai répondu que nous devions traverser la ville en voiture décapotable et que le boubou peut rapidement revêtir les allures de parachute encombrant. En souvenir de ce moment, je me suis incliné en grand boubou devant son cercueil, malgré le froid qui pointait son nez à Paris en fin septembre.

Le troisième moment, c’est lorsqu’il a réalisé au cours d’une de nos conversations que je lui donnais systématiquement du « Monsieur le Président ». Au bout d’un moment, il m’avait arrêté net en demandant : ATT, y a-t-il un problème ? Tu es fâché ? Je ne suis plus Jacques ? Je me suis repris en l’appelant par son prénom : pour l’homme, l’amitié se nichait dans les mots. Voilà le Chirac que j’ai connu : authentique et vrai, jamais dans le faux-semblant ! Le mot de la fin, je l’emprunte à Jacques lui-même qui, à la mort de Charles De Gaulle en 1971,

avait dit ceci : « De Gaulle nous a quittés mais nous n’avons pas quitté De Gaulle » ! Etre consacré Hogon, c’est accéder à une forme d’immortalité. Hogon Chirac ne nous quittera donc jamais ! » conclut Amadou Toumani Touré.

Pour la circonstance, les masques ont mimé les funérailles et ont rendu un dernier hommage digne d’un Hogon.

Ce festival cosmopolite a été une occasion pour le public de découvrir et de redécouvrir les prestations de troupes traditionnelles des communautés Sonrai, Peulh, Bambara, Touareg, Malinké, Bwatun, Bozo, Dogon…Sans oublier des conférences-débats, une foire d’exposition de l’artisanat malien, des consultations médicales, des contes et légendes Dogon, ainsi que la lutte traditionnelle.

Le marché artisanal a permis aux artisans venus de la campagne de proposer divers articles aux nombreux visiteurs afin de valoriser leur savoir-faire et rentabiliser un secteur tombé en désuétude à la faveur de la crise du tourisme.

Au-delà des artisans, l’opportunité avait été donnée aux différents sponsors et partenaires de mener des activités d’information et de promotion vente.  Parmi lesquels figurent Sotelma-Malitel, le Comité national olympique et sportif du Mali (Cnosm), Pmu-Mali, la Banque malienne de solidarité (Bms-Sa)

                    El Hadj A.B. HAIDARA

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