TRANSITION : Deux grands événements ayant marqué l’an 2022 La maladie puis le retour de Dr. Choguel Maïga dans ses fonctions de Premier ministre

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Pour quelles raisons profondes, l’énigmatique Colonel Assimi Goïta, président de la Transition, chef de l’Etat, a décidé du retour de Dr Choguel Kokalla Maïga à son poste, après le « repos forcé » d’une dizaine de jours, qui allait être dans les faits un « congé maladie » de plus de trois mois d’affilée ? Alors même que la rumeur publique disait que les cinq colonels, les vrais maîtres du pays, étaient divisés relativement à une reprise de service du locataire de la Primature. Voilà une chose rarissime pour être notée comme un événement majeur ayant marqué l’année 2022 dans notre pays.

e retour du Premier ministre, Dr. Choguel Kokalla Maïga, dans ses fonctions, après une maladie qui l’a éloigné plus de trois mois durant de son bureau, a été perçu par bon nombre d’observateurs comme celui d’un survivant sinon d’un ressuscité… politique.

En effet, si l’homme avait été déclaré définitivement « out » (éjecté de ses fonctions), aux dires de ses adversaires les plus irréductibles, sinon les plus insensibles à la détresse humaine, rares étaient aussi ses partisans et même ses thuriféraires qui ne croyaient plus encore à un éventuel come-back de leur idole dans ses fonctions primatoriales.

Ces derniers, pensant tout bas ce que bon nombre de nos concitoyens disaient tout haut, dans les grin, les marchés et dans les salons feutrés où la thèse d’un « complot des Colonels » ou d’une « tentative d’empoisonnement », le visant, avait fini par faire son petit bonhomme de chemin. Pourquoi, malgré tout ce qui a été dit ou pensé, le président de la Transition, Colonel Assimi Goïta, dont la force réside notamment dans son silence assourdissant, a décidé du retour de Dr. Choguel Kokalla Maïga à son poste ?

En effet, son retour « à la vie » active, sinon sa reprise de service, le 5 décembre 2022, avait été précédée d’une audience, que le président de la Transition, Colonel Assimi Goïta, lui avait accordée, le vendredi 25 novembre. Malgré cet instant d’émotion entre les deux personnalités et l’image du jour, qui avait circulé largement sur les réseaux sociaux, une frange importante de l’opinion nationale et internationale était toujours restée dubitative quant au sort qui allait être réservé à Dr. Choguel Kokalla Maïga, après sa maladie. Car, à l’issue de l’audience, c’était le Premier ministre convalescent qui avait plutôt parlé, en s’adressant à ses compatriotes, pour exprimer au président de la Transition « [sa] profonde gratitude et [ses] vifs remerciements pour avoir su préserver [son] intimité pendant tout ce temps et [de l’] avoir mis à l’abri du mauvais œil et de la mauvaise langue… »

Dans cette adresse à ses compatriotes, Dr. Choguel Kokalla Maïga, qui n’avait pas encore repris service, d’ajouter que, « par la grâce d’Allah SWT, après plus de trois (3) mois d’absence, me revoici, parmi vous, en pleine possession de mes capacités physiques et intellectuelles. Gloire au Tout-Puissant, le Tout-Miséricordieux ! Je voudrais, en ce moment empreint de solennité, remercier du fond du cœur, l’ensemble de nos compatriotes, de l’intérieur et de la diaspora, ainsi que tous les panafricains…

Nos concitoyens, dans leur écrasante majorité, parents, amis, sympathisants et même rivaux politiques les plus farouches ont tenu à m’exprimer leur compassion et un bon retour parmi les miens ».

Après avoir exprimé sa gratitude aux quatre autres Colonels, les vrais maîtres du pays, avec à leur tête le Colonel Assimi Goïta, et rendu des visites de courtoisie aux présidents d’institutions de la République, Dr. Choguel K. Maïga s’est, sans tambour ni trompette, installé, le lundi 5 décembre 2022, dans son fauteuil de Premier ministre, chef du gouvernement.

Mais déjà, c’est la lecture, la veille au journal de 20 h de la télévision nationale, du décret de nomination du Premier ministre par intérim, Colonel Abdoulaye Maïga, en qualité de ministre d’Etat, qui mit fin aux nombreuses spéculations relatives au retour ou pas de l’enfant d’Ansongo à son poste.

Rassuré de son maintien… alors même qu’il était sur

 un lit d’hôpital

Une fois encore, Colonel Assimi Goïta venait de déjouer tous les pronostics, en prenant de court tous ceux qui juraient que le Premier ministre par intérim, Colonel Abdoulaye Maïga, allait être confirmé dans les fonctions de Premier ministre, chef du Gouvernement. Cela, malgré le fait que Dr. Choguel ait dit avoir informé le président de la Transition qu’il était « apte à reprendre son poste ».

Comme le commun des mortels n’était aucunement au courant de ce que ces deux personnalités s’étaient dit, lors de leur entrevue, beaucoup de gens ont cru que le Premier ministre faisait un appel du pied au chef de l’Etat, afin qu’il décide de son retour à son poste.

Même si aucune annonce officielle n’avait été faite, nous indiquant la maladie dont Dr. Choguel Kokalla Maïga souffrait, c’est à travers le communiqué, qu’il a diffusé, le 25 novembre 2022, que l’on avait appris qu’il s’agissait, en effet, d’une maladie qui l’avait terrassé, d’où le retour d’un survivant. Il avait, d’ailleurs, tenu « à remercier, de façon singulière, [son] médecin traitant et toute l’équipe qui s’est occupée de [lui], avec professionnalisme et bienveillance : du directeur général aux professeurs et aux docteurs et, par-delà, le personnel de soutien. Merci à tous les travailleurs de l’Institut Pasteur, ainsi qu’à tout le corps médical du Mali ».

Voilà que lui-même nous informait qu’il avait bien été hospitalisé à la Clinique Pasteur de Bamako. Donc, les rumeurs, qui le disaient parti se soigner à Moscou ou à Ankara, n’étaient pas justifiées. C’est dire que les consignes du pouvoir avaient donc été respectées à la lettre : omerta totale sur le malade, sur sa maladie, sur le lieu où il se trouvait hospitalisé, entre autres.

Le mystère autour du malade – en tout cas pour ceux qui croyaient qu’il était réellement malade et non simplement écarté en douceur – était tel que des gens ont fait croire qu’il a été envouté, au motif qu’il n’aurait pas « accepté de donner sa démission » aux vrais maîtres du pays. Pour d’autres, il aurait été victime d’une tentative d’empoisonnement de la part de ses ennemis… tapis à l’étranger.

Dans les grin, les marchés et même dans les bureaux de l’Administration, ça grognait : la thèse du « complot ourdi par les Colonels » avait fait son petit bonhomme de chemin.

En tout cas, si certains s’inquiétaient de l’absence de ce concepteur de la Refondation du Mali, d’autres, au contraire, lui souhaitaient, certes, prompt rétablissement mais ceux-ci ne voulaient pas qu’il retourne encore aux affaires.

L’idée d’un gouvernement d’union nationale avait, en ce moment, prospéré de la part d’une partie de la classe politique, dont des leaders ne cessaient aussi de réclamer, à cor et à cri, l’inclusivité et le retour rapide à l’ordre constitutionnel. Pour la branche dissidente du M5-RFP, à savoir le M5-RFP Mali Kura, les tenants du pouvoir allaient demander le nom d’un nouveau Premier ministre, issu du même M5-RFP ou de la dissidence dudit mouvement, en remplacement de Dr. Choguel K. Maïga, dont le nom était déjà loin de faire l’unanimité au sein de la classe politique. D’où la grosse surprise, sinon la grande déception, de cette entité de la classe politique, plus ou moins proche du régime déchu, en apprenant la reprise de service du Premier ministre Dr. Choguel Kokalla Maïga.

Existerait-il un pacte

secret entre les cinq

Colonels et Dr. Choguel ?

A travers cette décision du chef de l’Etat, cette frange de la classe politique venait de voir s’envoler tous ses espoirs relativement à un gouvernement d’Union nationale ou, à défaut, d’un changement à la tête de l’exécutif.

De son côté, Dr. Choguel K. Maïga était si rassuré qu’il allait rejoindre son poste, qu’il donnait lui-même l’impression que cette décision ne dépendait que de lui et de lui seul… Cela, sur la seule base de son état de santé.

Cette attitude de Dr. Choguel Kokalla Maïga pourrait laisser sous-entendre une grande complicité, une estime et une confiance que le chef de l’Etat a pour son Premier ministre. Sinon, sous d’autres cieux, suivez mon regard, l’on a vu que le Premier ministre malade et hospitalisé a été remplacé sans autre forme de procès.

Qu’est-ce que l’énigmatique Colonel Assimi Goïta a-t-il vu en son Premier ministre, Dr. Choguel Kokalla Maïga, qui lui a fait décider de son retour, en mettant toute la forme et en nommant un ministre d’Etat, qui le remplacerait d’office en cas d’empêchement ?

En effet, c’est comme si le président de la Transition avait nommé le jeune, dynamique et compétent Colonel Abdoulaye Maïga en qualité de vice-Premier ministre, pour, précisément, aider le Premier ministre Dr. Choguel Kokalla Maïga à supporter le poids et les contraintes liés à l’exercice de ses fonctions. 

Au vu de tout ce que l’opinion a pu observer ou vivre lors de la maladie de Dr. Choguel Kokalla Maïga, l’on se demande, aujourd’hui, s’il n’existerait pas un pacte secret entre les cinq colonels et le chef du gouvernement. Car, il est tout aussi surprenant qu’ils aient tous tenu à rassurer Dr. Choguel Kokalla Maïga, celui-ci étant encore sur son lit d’hôpital, « de [leur] souhait constant de poursuivre l’œuvre de Refondation du Mali [qu’ils ont] entamée ensemble ».

En tout cas, les vraies raisons du maintien du Premier ministre, Dr. Choguel Kokalla Maïga, dans ses fonctions demeurent toujours un mystère. Seul l’énigmatique Colonel Assimi Goïta pourra, un jour, peut-être, et cela dans ses mémoires, révéler ces profondes raisons qui ont fait que les cinq Colonels, qu’on disait d’ailleurs divisés sur l’opportunité ou pas du maintien de l’enfant d’Ansongo à son poste, avaient fini par accorder leur violon. En se mettant d’accord sur la question.

                        Mamadou Fofana

           Journaliste indépendant

 mamadoufofana328@yahoo.fr

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